Nos célébrations

Pour amorcer cette tournée anniversaire de presque un demi-siècle d’existence de son groupe, il fallait à Nicola Sirkis un titre phare, un titre entrainant aussi et qui porterait en lui tout l’ADN de ce groupe désormais mythique.

Photo : Stéphane Ridard

« Nos Célébrations » répond à cet appel du cœur car il s’agit bien de cœur lorsque l’on évoque Indochine.

« Nos Célébrations » c’est un homme qui regarde en arrière et qui voit défiler l’histoire de sa vie mêlée à celle de son groupe.

C’est en fait le Capitaine Nicola Sirkis luttant contre vents et tempêtes pour maintenir à flots le bateau Indochine.

Ce sont les drames et tragédies d’un homme qui, arrivé à 60 ans, regarde en arrière et se pose la question, est-ce que ça continuera ?

Le refrain surtout, me fait penser aux magnifiques paroles écrites par Valérie Rouzeau dans « Ladyboy », la musique aussi traduit le même regard sur le monde.

« Nos Célébrations » c’est un hymne de plus pour les concerts de stades ou de grandes salles, après « Karma Girls » qui touchait au cœur chacun de ses fans tant elle finissait par être intime, il nous invite tous à célébrer 40 ans de carrière, d’espoir et d’amour.

« Nos Célébrations » C’est Nicola qui nous raconte Indochine, qui nous livre ses doutes, ses larmes, ses joies, ses guerres et ses rêves, un peu comme une fenêtre grande ouverte vers un soleil resplendissant après une nuit d’orage.

Cette fenêtre, il l’ouvre pour laisser entrer le monde de demain !

Le clip paru il y a peu de temps marque véritablement les esprits. C’est un peu aussi comme une morsure à l’âme, le sable qui s’écoule dans le sablier de la vie sans qu’on puisse l’arrêter,  il raconte 40 ans de la vie d’un homme, 40 ans de la vie d’un groupe, le tout se mélangeant à l’histoire du monde, à tous ces événements qui nous ont tous touchés et fait mûrir.

Un dessin animé en noir et blanc qui bien sûr nous ramène inévitablement aux années 80, dans ces années où tout était possible et qui ont vu émerger 4 garçons aux lèvres peintes et au look singulier mais tellement dans l’air de leur temps, 4 jeunes artistes qui allaient faire naître un véritable phénomène, l’union sacrée d’un public et son groupe ad vitam aeternam, l’ Indomania comme les Beatles à leur époque.

Le clip nous fait tout de suite penser à A-Ha  » Take on me  »  mais Nicola ne brise pas le miroir pour passer de l’ autre côté comme Morten Harket le fait pour venir chercher une jeune fille, non lui il vient nous chercher par le bout du cœur, il est le nomade, le saltimbanque qui guitare sur le dos attend sur le quai d’une gare l’arrivée du train de sa vie.

Le visage lisse mais les cheveux blancs, allure de jeune ado, mais c’est bien connu les héros ne vieillissent jamais il monte dans ce train fantôme, range sa guitare au-dessus de lui puis met son casque de Walkman sur les oreilles, le Walkman cet objet relégué désormais au rang des souvenirs mais si marquant de ces années 80 et 90.

Il regarde alors défiler dans des vieux postes de télévision disposés les uns sur les autres dans un décor lunaire et apocalyptique tous les événements qui ont construit sa carrière et sa vie et où apparaissent aussi des visages qui tous ont une histoire qui se conjugue à la sienne.

Parfois on se croirait à la fin du premier épisode de « la planète des singes » lorsque la Statue de la Liberté apparaît enfouie sous le sable d’un New York méconnaissable montrant bien la fin d’un monde, mais même les plus beaux voyages ont une fin et dans ce clip aux allures philosophiques et pétri de messages subliminaux, on se demande alors quel sera l’avenir de ce groupe mythique mais aussi quel sera notre avenir.

Est-ce que lorsque Nicola saute sur le quai cela annonce un point final car le train après avoir traversé 40 ans de luttes sociales, de luttes pour la liberté et l’humanité fini par s’arrêter en gare, une gare déserte où soudain Nicola mesure tout ce qu’ il a vécu, levant les yeux vers des télés disposées comme La Croix d’Indochine, il est là tout petit devant ce qu’il a accompli, il a fait de son groupe de rock, auquel beaucoup ne croyaient pas, le plus grand groupe de rock français.

Et même si bientôt il pourrait raccrocher sa guitare, il laissera à ses fans un héritage inestimable, celui de sa culture qu’il leur a léguée comme un guide spirituel ou un père mais aussi ses valeurs au parfum soixante-huitard  » love and respect  »  et de toutes ses émotions qu’il n’a cessé de leur transmettre pendant 40 ans.

« Nos célébrations « sont de ce fait un message d’espoir, quoi qu’il puisse arriver dans ces temps troublés, Indochine perdurera car Indochine ce n’est pas seulement un groupe de 5 musiciens, Indochine ce sont des milliers d’âmes qui battent à l’unisson sur un son reconnaissable entre tous : le son Indochine.

Et même si Stéphane Sirkis est loin de ce monde depuis 21 ans il est et demeure une partie de cette âme indochinoise qui comme l’a si souvent rappelé son jumeau : rien n’empêchera de briller, blessure béante dans l’ âme de son frère (qui n’hésite pas à exposer sa douleur dans ce clip) l’ange déchu d’Indochine plane au-dessus de ces images animées comme une si longue absence  pour reprendre les mots d’un écrivain si cher à Nicola, Marguerite Duras.

Dans les paroles de ce dernier titre phare, Nicola s’amuse aussi en reprenant plusieurs mots de sa discographie, il joue avec son public au jeu du souvenir.

Le graphisme du clip est simple, dénué d’effets spéciaux, il est plus charnel plus près du cœur.

Nos Célébrations est la Madeleine de Proust d’Indochine réveillant nos souvenirs et nos émotions les plus enfouies nous racontant leur groupe et notre vie.

Nos Célébrations est une sorte de clip testamentaire qui même s’il est encore trop tôt pour parler de départ, restera comme une véritable analyse de l’histoire du groupe plus précisément celle de Nicola, le tout ancré dans l’histoire de sa propre génération et l’histoire du monde de ce monde d’avant qui nous manque déjà tant à tous !

Dans ces temps difficiles, Indochine reste une véritable respiration pour ses fans à travers ces masques qui font peu à peu notre quotidien. Grâce à eux, il y a des sourires désormais secrets qui illuminent les âmes et puis ce train qui parcourt à grande vitesse 40 ans d’histoire me rappelle aussi le petit train miniature que Walt Disney fit construire et qui lui donna à ce moment là l’envie de créer son propre univers, Disneyland mais pour les plus assidus fans d’Indochine, ça fait bien longtemps qu’ils vivent tous en Indoland dans cet univers magique créé par leur idole, leur éternel Peter Pan.

Indochine lance sa boutique éphémère, éphémère comme le temps qui passe !

Photo : Indochine officiel

Puisque la promotion médiatique a commencé depuis quelques temps déjà marquant néanmoins un arrêt de quelques jours de vacances familiales pour les membres du groupe et à la veille du lancement du premier coffret des Singles Collection (2001-2021), compilation disponible le 28 août, le prochain sortira le 27 novembre. Nicola Sirkis refait parler de lui en créant dans une galerie d’art, la galerie Joyce, une boutique éphémère pour installer le merchandising d’Indochine se prêtant lui même au jeu sur les réseaux sociaux le mois dernier, en jouant les mannequins d’un jour, se faisant photographier de dos près de chez lui, portant un blouson de sa tournée prochaine ou en promo en Suisse portant un masque sanitaire avec le graphisme 40 qui symbolise les 40 ans d’existence du groupe qui seront effectifs l’année prochaine.

Palais Royal au temps
de l’ancien régime

C’est donc au Palais Royal sous les arcades construites par l’architecte Victor Louis à la demande de Louis-Philippe d’Orléans, Duc de Chartres, puis Duc d’Orléans, dit Philippe Égalité après 1792 qui comme toujours à court d’argent décida d’abattre les arbres de son jardin pour y faire construire des galeries de soixante pavillons en location avec 180 boutiques en bois qu’il loua à des marchands, des restaurateurs, et aux premiers cafetiers que le petit Prince du Rock, Nicola Sirkis, a décidé de planter sa boutique éphémère qui va se tenir du 28 au 31 août 2020 (10h-20h), dans la galerie JOYCE, au creux de cet été chaud et malade.

Il succèdera ainsi, l’espace de quelques jours, aux premières maisons de jeux qui fermèrent leurs portes en 1836 et plantera à sa manière son empreinte dans ce lieu historique qui fut une des plus belles promenades élégante et libertine à la mode au temps de l’ancien régime.

Camille Desmoulins

Ce fut aussi ici que l’on vit s’éteindre le siècle des lumières et que l’on vit se raviver les passions qui allaient changer la face du monde comme lorsqu’un jeune journaliste, le cœur débordant d’idées révolutionnaires, monta sur une chaise le 12 juillet 1789, pour haranguer la foule après le renvoi de Necker, Camille Desmoulins.

Photo : Indochine officiel

Je serai ton chaos, ce tee-shirt que Nicola propose déjà à la vente à ses fans (vu que la plupart le portent avec une fierté non dissimulée) aurait pu dans une autre époque être porté par Camille Desmoulins tant ces mots d’Indochine collent à son histoire.

Sous les Arcades du Palais Royal, le spectre d’un jeune officier Corse Napoléon Bonaparte qui s’y promena en Novembre 1787 ou bien celui de jeunes gens oisifs, les extravagants merveilleux et merveilleuses croiseront peut-être la nouvelle génération des fans d’Indochine, celle qui apparut à partir du Stade de France et qui comme eux autrefois cultive ce goût de clan et d’appartenance à un groupe, comme eux avaient jadis celui d’appartenir à un monde.

Alors déjà dans la planète fan, on se mobilise et on frémit de plaisir mais aussi de peur de ne pas avoir sa place puisque mesures sanitaires obligent, pour pouvoir pénétrer dans ce sésame là, il faut auparavant s’inscrire sur un lien en ligne sur http://thisisx.fr pour la plateforme Eventbrite, porter son masque et surtout se déplacer pour seulement 15 minutes .

Quand on sait que de toute la France les fans vont affluer comme un banc d’oiseaux pour cet événement, on peut aisément mesurer l’amour immense qu’ils portent à Nicola Sirkis et ses acolytes.

Un événement qui n’en est point un mais cet homme-là sait faire naître d’un rien n’importe quelle chose ou action estampillée Indochine, n’importe quelle annonce du groupe devient décret indochinois aux yeux de leurs fans.

Pourtant, je sens déjà d’ici pour beaucoup des larmes couler, de l’amertume, de la déception ou de la colère car de 10h à 20h, toutes les 15 minutes, pendant 4 jours cela ne fait en tout que quelques privilégiés !

Mais la machine indochinoise est bien rodée en ces temps difficiles où l’on est de moins en moins sûr que de grandes tournées auront lieu, pour tenir son public en haleine, ils annoncent en fin de communiqué sur leurs réseaux sociaux que certaines surprises sont à prévoir.

Et voilà, tout ce petit monde qui pense lire entre les lignes et se dit, la surprise ce sera certainement l’apparition de Nicola et du groupe.

Seulement malgré que Nicola soit devenu le petit Prince du Rock, il n’est pas pour autant Marie-Antoinette qui, certains jours tenait un stand de rafraîchissements en été et servait elle-même des limonades dans les jardins de Versailles aux badauds du moment pour tant qu’ils fussent correctement vêtus.

Photo : Indochine officiel

A tout ceux qui ont déjà apostrophé le groupe sur les réseaux sociaux se plaignant que l’événement ne se fasse qu’à Paris, je préfère leur répondre en empruntant les mots écrits par un romancier en 1825 « Paris est la capitale de la France, le Palais-Royal est la capitale de Paris. » (Étienne-Léon de Lamothe-Langon La Province à Paris) ou bien ceux de l’historien russe Nikolaï Karamzine en 1790 « Tout ce qu’il est possible de trouver à Paris est au Palais-Royal » sans oublier que Diderot en 1760 place le début de son récit dans le « Neveu de Rameau » au Palais-Royal. Qu’il fasse beau, qu’il fasse laid, c’est mon habitude d’aller sur les cinq heures du soir me promener au Palais-Royal. C’est moi qu’on voit toujours seul, rêvant sur le banc d’Argenson.

J’abandonne mon esprit à tout son libertinage.

Photo : Indochine officiel

Alors pour Nicola Sirkis qui est pétri de culture, le Palais-Royal est-ce vraiment un hasard sachant qu’il ne laisse jamais rien au désir de la Providence ?

Certains diront certainement pourquoi une boutique éphémère alors que l’on peut déjà tout commander sur leur site indosphop.fr ?

Si en plus, la surprise ce n’est pas eux alors à quoi bon se déplacer surtout en ce moment où la menace de ce virus pèse de plus en plus lourdement comme une chape de plomb sur nos épaules et que nous vivons tous avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête ?

Tout simplement parce que pour les fans d’Indochine, aucune menace ou apocalypse annoncée ne pourra les arracher à leur passion et que le leader de ce groupe a de la magie dans tout ce qu’il fait, un peu comme le roi Midas transformait en or tout ce qu’il touchait, Nicola transforme en émotion tous ceux qu’il touche par sa musique, ses mots et sa personnalité.

Le Palais-Royal verra donc déferler l’armada des fans d’Indochine, masquée comme à l’ époque de la Régence où le Régent se divertissait incognito dans ce même Palais-Royal, le port du masque étant obligatoire pour les fêtes et les bals afin de pimenter un peu plus et provoquer la confusion des rangs, les bals étant publics.

D’autres époques, d’autres mœurs mais … Ah si les froides pierres pouvaient parler, elles nous raconteraient certainement à la fin du mois cet amour inébranlable, celui des fans d’Indochine pour leur groupe et surtout pour Nicola Sirkis et tout ce qui touche de loin ou de près à l’univers magique qu’il leur a créé.

Helena Mora

Photos : Stéphane Ridard / Indochine Officiel