Samuel Paty : un homme libre

C’est mercredi soir qu’a eu lieu l’hommage national à Samuel Paty décapité au nom de l’obscurantisme le plus total.
L’endroit choisi, la Sorbonne, fut l’écrin de toute cette émotion nationale.


Oui car on rendait hommage ce soir-là à un prof cueilli dans la fleur de l’âge, habité par l’amour d’enseigner et désireux de faire de ses élèves des êtres libres et dans chaque foyer nous avons tous eu une pensée pour un de nos profs, celui qui nous a ouvert le chemin pour que nous soyons ce que nous sommes aujourd’hui.
C’est la France de Jules Ferry et celle des lumières qui s’est retrouvée là ce soir-là, celle qui met au-dessus de tout la liberté de penser, de s’exprimer, celle qui a servi d’exemple à tant d’autres nations.
Le discours du Président a exprimé en fait ce que chacun de nous avait ce soir-là au fond de l’âme, un des proches de l’enseignant assassiné a lu avec beaucoup de dignité la lettre d’Albert Camus à son professeur quand il est devenu Nobel de littérature ce qui une fois de plus, renforce ce que je viens de dire : l’importance extrême de l’enseignement d’un prof vis-à-vis d’un élève, un peu comme un passage de flambeau.
Dehors sur l’écran géant, ceux qui étaient venus se recueillir à peu près une centaine de personnes suivaient la gorge nouée et les larmes aux yeux toute la cérémonie.
Le cercueil de Samuel Paty est entré dans l’enceinte de la Sorbonne au son de « One love » du groupe rock irlandais U2.
Cet enseignant avait une particulière affection pour ce titre.
Le rock entrait ainsi à la Sorbonne, dommage qu’il y soit entré dans des circonstances si douloureuses !
Je ne peux m’empêcher de penser à ce que m’avait confié le frère de Cabu, Jean Cabu, musicien de jazz, lorsque j’évoquais dans mon interview la mort de son frère lâchement assassiné par le même bras armé, c’est-à-dire les djihadistes, dans le triste carnage de Charlie Hebdo.
Il me disait : ma réponse à la haine, c’est la musique.
Et en entendant la voix de Bono raisonner dans le temple du savoir, je pensais à ces mots et je ne pouvais que redouter l’avenir, ce procès en cours et surtout l’exposition extrême dans les médias de l’urgentiste écrivain Patrick Pelloux, qui a fait partie de Charlie, qui n’a pas la langue dans sa poche et ne cesse de monter au créneau soit entant que médecin pour la Covid soit pour le procès Charlie dont il est un témoin.
Patrick connaît les ravages du terrorisme puisqu’il était au Bataclan,comme médecin urgentiste.
Il sait ce qu’est l’horreur, d’ailleurs il a joué son rôle d urgentiste dans le clip d’Indochine « Kimono dans l’ambulance »
Comme autrefois avec Charlie, les réseaux sociaux se sont endeuillés.
Je suis prof, je suis enseignant, je suis Samuel Paty, a remplacé « Je suis Charlie » mais le message est le même, c’est juste un cri de désespoir et de colère : je suis la Liberté.
On ne peut tuer la liberté.
Samuel Paty était un homme libre, tolérant et instruit.
Il voulait donner une clé à ses élèves, celle du savoir celle de penser et s’exprimer librement.
Malheureusement, cette clé a ouvert la porte à la haine, à la mort, lui prof d’histoire décapité comme les victimes de la Révolution française qu’il a sans doute enseignée.
Mais si Samuel Paty aimait tant ce titre du groupe irlandais, c’est qu’il nous a laissés à tous un message de paix et d’espoir et une mission : protéger notre liberté coûte que coûte.
Il n’avait pas l’âme d’un héros, pourtant il avait dit un jour « je voudrais que ma mort et ma vie servent à quelque chose »
Qu’il soit rassuré, de là-haut sa mort a servi à ce que nous prenions conscience combien la menace contre notre liberté est grande, et sa vie a servi à façonner des citoyens libres.
« One love » comme toute réponse à la haine comme Jean Cabu.
Désormais, la République compte un nouveau visage et ce n’est pas celui de la peur non, c’est celui d’un professeur d’histoire géo abattu lâchement sur l’autel de la République Française et de tout ce qui fait de nous un peuple libre.
Comme dans la chanson de Hugues Aufray, j’ai envie de dire :
Adieu monsieur le professeur
On ne vous oubliera jamais
Et tout au fond de notre cœur
Ces mots sont écrits à la craie

Helena Mora